Un petit week end sur l’île de chiloe... Comme d’hab, au menu : balade et gourmandise ! Parce que nous ont veut découvrir tous les aspects de la culture !... (Je vous laisse jongler entre l’article et l’album de photo. Vous devez commencer à maîtriser non maintenant ?)
Les paysans chilotes ont toujours produit presque tout ce qu'ils consomment et, vivant à l’écart sur leur île, ont développé leurs propres spécialités culturelles, que ce soit au niveau de la musique, du folklore, de leurs inombrables et loufoques légendes pour excuser l’infidélité des femmes comme celle des hommes, ou bien sûr de la cuisine. Et puis ce peuple insulaire, plutôt têtu et attaché à sa tranquillité, est celui qui résista le plus longtemps aux envahisseurs espagnols, et même aux chiliens ! et du coup ils ont réussi à conserver leurs traditions, qui font aujourd’hui la fierté et la particularité de cette île, rare endroit du Chili ayant une identité culturelle. On ne s’est pas trop étendu sur ce sujet, mais au Chili, la fierté vient de ce qui est étranger parce que c’est associé à la modernité. Les mapuche, qui sont le peuple né de la terre chilienne, qui pour moi seraient les racines du Chili, sont discriminés et méprisés et leur culture ne survit et ne se connait qu’à travers les marchés d’artisanat. Sinon, le chilien de base est complètement occidentalisé voir américanisé et, finalement, on ne peut pas dire qu’on ait ressenti un grand dépaysement. C’est même plutôt dommage. Les objets, les rites et les coutumes mapuche sont pourtant si fascinantes...
Enfin, je m’égarre encore une fois. Chiloe donc... Les viandes, les produits de la mer font tous deux partie de la nourriture quotidienne des chilotes, et souvent simultanément ! Mais viandes comme poissons, tout s'accompagne de papas (100 patates !). D'ailleurs, la pomme de terre n'est pas un simple accompagnement. Elle est parfois le plat à elle seule : avec du beurre, au four, aux braises, au feu, sans parler de la puré (tout simplement purée !) ni des papas fritas (dis un peu, ça serait pas le nom de mes bonnes vielles frites, une fois ? !) qui sont un des plats favoris et de toute heure. Finalement, je ne suis pas trop dépaysée!... A Chiloe, la culture de la patate vit encore, et n'a jamais fait défaut à aucune assiette. Il ne me reste plus qu’à farfouiller dans l’arbre généalogique de ma mamie Maguy pour savoir à quand remonte son sang chilote, mais vu son amour de la pomme de terre, je doute que je doive remonter très loin...
Enfin, voilà donc pour commencer, les recettes des trois spécialités chilotes de grignotage patatesque.
Los Milcaos
Cuisez 75g de lard coupé en petits morceaux puis réservez. Pelez et cuisez 1kg de pommes de terre. Quand elles sont froides, écrasez-les et mélangez-les à 1kg de pommes de terre préalablement râpées et pressées pour supprimer le jus. Salez et ajoutez 75g de beurre. Formez des petites boules au milieu desquelles vous mettrez les morceaux de lard. Cuisez-les ensuite soit au four, soit frites.
Los Chapaleles
Cuisez 2kg de pommes de terre et écrasez-les en purée avec 250g de farine. Ajoutez 2cas de beurre et 100g de lard grillé et coupé en petits morceaux, et salez. Mélangez le tout pour former une pâte. Si celle-ci est trop molle et trop collante, ajoutez encore un peu de farine. Etalez-la pour qu’elle ait environ 2cm d’épaisseur, et découpez des rectangles de 4cmx8cm par exemple. Cuisez-les soit à l’eau, soit frits, soit au four. Dans ce dernier cas, ils les appellent blandos (mous), plutôt curieux puisque cette version de cuisson est justement celle qui les rend les plus fermes !
Las Chochocas
Râpez 6kg de pommes de terre, pressez-les et mélangez-les avec 1kg de pommes de terre cuites et moulues. Ajoutez à cette pâte 2cas de beurre, 200g de lard grillé et coupé en petits morceaux, et salez. Recouvrez avec cette pâte un rouleau de 10cm de diamètre et disposez le au-dessus d’un feu pour le faire cuire selon le principe de la broche tournante.
Evidemment, qui dit île, dit mer à proximité, donc dit produits de la mer frais, en abondance et délicieux tout le temps ! Là encore, on a goûté deux spécialités chilote exquises, dont une vous intriguera sûrement par cette drôle alliance viande/poisson, apparemment très courante sur cette île...
El Carapacho
Faites frire 2 oignons hachés finement avec du sel, du poivre, du thym, du piment et de l’ail (ajustez les quantités à votre goût, ainsi que le type d’épices). Ajoutez 400g de chair de crabe émincée et un peu d’eau ou de vin blanc. Ajoutez 400g de pain préalablement trituré et trempé dans du lait, et mélangez bien le tout. Répartissez le mélange dans 4 carapaces de crabes nettoyées et bouillies, ou dans 4 ramequins. Sur chaque portion, ajoutez du fromage râpé et passez ensuite un peu au four pour que le fromage fonde et gratine légèrement.
El Cancato
Salez, poivrez deux filets de saumon ou de poisson-scie (poisson à chair blanche vendu sous le nom de sierra sur les marchés chiliens) et mettez de l’ail émincé très finement. Disposez un des filets sur une feuilles d’aluminium, recouvrez-le d’une tranche de fromage (genre gruyère), puis de rondelles de saucisse grillées (genre saucisse de Toulouse), puis de rondelles de tomates et enfin du deuxième filet de poisson. Ensuite saupoudrez d’origan, fermez la papillote d’aluminium et mettre au four 25 à 30min.
El Curanto
Ce plat gargantuesque, patriclémentesque, est LE plat indissociable du monde de Chiloe, une des préparations qui requiert le plus de soins et de délicatesse. Le curanto chilote est bien plus qu’une simple recette : sa préparation est une véritable fête pour laquelle toute la communauté participe et travaille. Sa confection commence par le creusement d’un trou dans la terre, de plus ou moins 50cm de profondeur, au fond duquel sont placées de grandes pierres chaudes. Par dessus, sont
disposés des mariscos (fruits de mers) comme les cholgas (grosses moules), les almejas (palourdes), les choritos (petites moules), les piures (genre d’éponge calcaire qu’on coupe crue avec un bon couteau et qui contient des alvéoles garnies d’une chair rouge très iodée), puis des carnes (viandes) comme des longanizas (saucisses), du pollo (poulet), du chancho ahumado (lard fumé), chacun des ingrédients étant préalablement salé, poivré et épicé. Des pommes de terre, des milcaos et des chapaleles s’ajoutent encore au-dessus de tout ca, et ces deux couches sont recouvertes par des feuilles de nalca. C’est la plante équivalente à notre rhubarbe : sa tige est acide, moins sucrée que notre rhubarbe, et ici elle se mange en salade avec du sel. Mais ses feuilles atteignent parfois plus d’un mètre et demi de diamètre ! Cela permet par exemple à une petite danseuse « franco-belgo-elle sait pas trop quoi » en visite au chili de vivre quelques instants, les yeux fermés, son rêve le plus fou et irréalisable : illuminer la scène du Lido... M’enfin, plus communément, pour un chilote, cela permet de s’en servir comme « couvercle ». Le curanto est étouffé sous un peu de terre et de foin pendant environ une heure.
Ce curanto traditionnel est le curanto en hoyo. Son sosie, le curanto en olla (à prononcer oya !), est la version en marmite de ce délice, celle qu’on a goûté. Un véritable plat complet au final : viande, poisson, patates, et on vous le sert même avec le bouillon de cuisson en tant que soupe ! Il y en a tellement, qu’on ne sait par où commencer. Mais un bon vin blanc sec aide à trouver l’inspiration entre deux bouchées, et surtout à faire descendre !
Si vous êtes un adorateur de ces plats comme la choucroute ou le cassoulet, le curanto en olla est fait pour vous ! Et voilà comment le préparer... Recouvrez d’aluminium le fond et les bords d’un grand plat profond pouvant passer au four en laissant assez de longueur d’aluminium pour ensuite pouvoir couvrir le dessus du plat. Recouvrez également le fond et les bords du plat avec 6 grandes feuilles de chou. Dans la cavité, disposez d’abord les fruits de mers : 500 g de clovisses chiliennes (Petit clin d’oeil au passge pour mon bee gees préféré, et puis je tiens à rassurer tous les Agro50 et pièces rapportées : les clovisses chiliennes sont chauves !), 500 g de moules, 500 g de palourdes,
250 g de piures. Ensuite, sur une même couche, déposez les ingrédients suivant en les intercalant : 4 pommes de terre non pelées, 500g de haricots verts, 4 demis épis de maïs, 4 quarts d’oignon, 4 pilons de poulet, 200g de saucisse coupée en moreaux, 500g de lard coupé en 4 gros morceaux (pré cuire les trois sorte de viandes). Arrosez le tout de 250ml de vin blanc mélangé à du sel, et recouvrez finalement le tout de 3 grandes feuilles de chou avant de refermer le papier d’aluminium et d’enfourner pour 45 à 60min. Servez alors les fruits de mer, la viande et les pommes de terres dans une assiettes et servez le bouillon dans un bol de soupe.
Vous pouvez aussi préparer des chapaleles et les faire cuire avec le reste du curanto. Enfin, à ce stade, il ne vous reste plus qu’à tout déguster, et croyez-moi, ce n’est pas du tout la partie la plus facile de cette histoire !... Bon courage !
Après ces partitions savoureuses, constituées de notes fines mais réunies en une harmonie manquant quelque peu de légèreté, je vous propose de découvrir de quoi gâter vos envies plus sucrées. Les chilotes eux aussi craquent pour de petits plaisirs délicats...
Las Roscas chonchinas
Battez 10 oeufs. Ajouter 5cas de sucre, 5cas de beurre, 1/2 sachet de levure et de la farine. La pâte ne doit plus être liquide ni trop collante. Formez les roscas, sorte de donuts fins. Passez-les dans de l’eau bouillante quelques minutes : elles doivent gonfler. Elles sont prêtes lorsqu’elles flottent. Sortez-les et mettez-les à égoutter. Quand elles ne rendent plus d’eau, mettez-les au four pour qu’elles dorent.
Cette petite douceur, comme son nom l’indique, est une spécialité de la ville de Chonchi. Mais comme les roscas sont un peu sèches, pourquoi ne pas les accompagner d’une mistela ? Les chiliens en fabriquent presque avec tous les fruits possibles, secs ou frais, mais les plus fréquentes sont celles de cerise ou de framboise. Vous avez trouvé de quoi il s’agit ? de douces petites liqueurs, oui, oui. Je doit dire qu’elles se laissent boire sans trop de difficultés : si je les ai goûtées et appréciées servies dans un bouchon de coca, à l’ouverture du marché de Chonchi à 10h du matin, le ventre vide... elles accompagneront sûrement à merveilles des biscuits sucrés. Mais laissez moi vous présenter celle que j’avais préféré qui n’est autre que la liqueur typique de Chiloe :
El Licor de Oro
Dans une casserole, versez 1L de lait, 1L d’alcool, 1 1/2kg de sucre, 8 clous de girofle, 2 citrons coupés en petits quartiers. Mélanger chaque jour pendant 10jours, puis filtrez. C’est aussi simple que ça ! C’est délicieux et vous verrez que rien que sa couleur d’or paille fera frémir vos papille d’envie...