Panoplies de créatures et d'univers

Publié le par Laure

          Nos pieds se posent sur un sol blanc et rocailleux, une croûte de sel. Ici, nos pas ne laissent pas de trace au fur et à mesure que nous foulons la Laguna Chaxa , territoire des flamands roses.

          A peine dérangés par notre arrivée, leurs pattes piétinent obstinément le fond de l’eau tandis que leur bec trempe à la recherche des moindres particules remuées. D’autres oiseaux, des gaviotas (mouettes), des playeros, ou encore des blanquillos virevoltent et slaloment entre les fines et longues pattes des flamencos. Parfois, ils cèdent aux chatouilles et s’envolent plus loin, déployant alors leurs plumes d’un noir intense mêlé à la vivacité d’un rose pourpre.

          Sous ces battements d’ailes, au milieu de cette planète aux petites créatures roses, le petit déjeuner nous attends : manjar et mate de coca pour les couleurs locales du desayuno, café pour se réchauffer… Se réchauffer dans le désert, me direz-vous ? Et bien oui, je me suis faite avoir sur la marchandise : ici, les degrés au-dessus de zéro se comptent sur les doigts d’une main !

          Quelques chemins de terre cabossés, dignes d’une parcours de rallye, emmènent notre vétuste minibus jusqu’à Socaire. Village de quelques âmes, posé sur l’altiplano, doux replat qui fait la transition entre la Cordillère et les volcans. On croise plusieurs terrasses où survit une maigre végétation, vestige de l’ancienne agriculture de subsistance que pratiquaient les femmes du village, après s’être occupées des enfants, de la cuisine et de la maison, pendant que les hommes étaient à la chasse. Machisme dans la rue, matriarcat à la maison…

          Aujourd’hui, les choses ont bien changées. Les ressources en minéraux et en lithium du Salar de l’Atacama ont attirées de grandes entreprises minières qui ont facilement séduit les habitants des villages alentours. Séduits mais dénaturés. Avec les salaires sont arrivés des matériaux et des méthodes de constructions défigurant la typicité du pueblito, sans parler de l’alcool qui inonde les semaines de repos des mineurs.

          Petit village en déperdition, où un petit garçon, égayé d’une inconscience presque déconcertante, patauge dans une flaque boueuse réchauffée par les rayons du soleil. Notre présence l’amuse. On joue quelques instants avec lui. Loin d’être farouche, il nous laisse nous éloigner sans manquer de rebaptiser Simon « feo ».

          Notre parcours nous monte maintenant aux pieds des volcans Miscantí et Miñiques bordés par deux lagunes du même nom. Difficile à dire qui des lagunes ou du ciel affichent le bleu le plus intense. Mais ces grandes étendues d’eau, élément éphémère du désert, sont envoie de salarification. Bientôt (en temps astrophysique, ou en temps chilien aussi si vous voulez !), les taguas, ces sortes de grosses poules d’eau, devront nidifier ailleurs. Les élégantes vicuñas, du haut de leurs pattes fines et élancées, aux yeux charmeurs comme soulignés de noir et au long cou courbe, devront trouver d’autres rives pour se désaltérer. Nous profitons du privilège de ce paysage et de cette compagnie pour partager l’almeurzo (repas de midi) : fumet de soupe de choclo (leur verdura nacional, le mais), saveur de palta (avocat), jambon, pain, céréales, bananes, tomates… un vrai repas de fête.

          Un peu plus loin, Toconao. Autre village sur la route de San Pedro, caractérisé par la couleur blanche des murs de ses maisons, que lui donne la liparite extraite des parois rocheuses non loin de là, et la chevelure dorée de leur toit, constitué de paille. Juste au-dessus du village, un endroit des plus inattendu en plein désert, un endroit où eau et sève coulent à flots : la Quebrada de Jere. Profitant de la brève apparition d’une rivière souterraine, damascos (abricots), membrillos (coings), ciruelos (prunes), grenades et tunas (figues de barbarie) embaume la terre sèche tout au long de cette artère verte du désert.

          Retour au ton de la plaisanterie grâce à de nouveaux cactus. Nous découvrons les sienta de suegra surnommés ainsi à juste titre à cause de leur forme délicate et attrayante de petit coussin sur lequel, après tout, on imaginerait bien la légendaire belle-mère assise dessus. (Petite précision pour ceux qui décidément se sont déjà trop bien adapté au rythme chilien et qui n’auraient pas fait le rapprochement, sienta signifie chaise et suegra, belle-mère !) La dureté et la densité de leurs épines auraient pourtant vite fait de décourager le plus valeureux des fakirs…

 

 

 

 

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J
je sais pourquoi vs allez ds des ptits villages comme ca car vs voulez sympatiser avec les mineurs pour boire a l'oeil, ah jte reconnais bien la Laure tjr 2 verres à la main ben bravo les gars surveillez la quand meme.
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