Rrrrrrrrrrrodeo... à la chilienne!
Cette fois je vous emmène dans un lieu typique incontournable: le club de rodeo. Difficile de se fondre dans la masse sans poncho, sans botte et sans chapeau! Mais nous tenons à découvrir cette fierté chilienne, ce spectacle qui est carrément qualifié par la loi de deporte nacional (= sport national). Du coup, tous les détails sont précisés: le nom de chaque élément de cette pratique, les composants de l'uniforme jusqu'à la longueur des bords du chapeau, la race des chevaux... Nous prenons donc place dans les gradins qui entourent et surplombent la medialuna, place des taureaux, scène du rodeo.

Les participants, les huasos (= cow-boy nord-américain = gaucho argentin) entrent en piste sur leur plus belle et plus fidèle monture. 11 paires de cavaliers qui chacun leur tour essayeront de marquer le plus de points. Attention mesdames et messieurs dans un instant ça va commencer... Un petit coup d'hymne national chilien pour la route et hop, le premier duo de joueurs se tient prêt. Nous aussi... Ca y est, ils lâchent le taurillon! Et là,
c'est le choc. On ne comprend rien. Le rodeo chileno n'a rien à voir avec ce défi perdu d'avance où un cow-boy s'accroche obstinément au dos d'un taureau surexcité, lequel se cabre dans tous les sens pour se défaire de son parasite. Ce rodeo là vous assure un sacré spectacle. Seulement moi je vous parle du rodeo chileno et tout tient justement dans le deuxième mot: chileno... pas le même rythme, pas le même exploit sportif, pas le même gabarit de bestiole. Le spectacle est revisité et adapté à la chilienne.
Ici, c'est une joute où les deux caballeros allient leurs efforts pour suivre et encadrer un taurillon dans la petite moitié de l'arène, le but étant de former une sorte de tenaille autour de lui, et ainsi de pourvoir le diriger dans la direction qu'ils choisissent une fois les deux portes pivotantes rabattues et la medialuna ouverte en grand. Cette coutume de rodear (= encercler) le taurillon est héritée des pratiques des éleveurs qui, une fois par an, comme les champs étaient ouverts, rassemblaient le bétail pour le compter et le marquer. Aujourd'hui, le rodeo est un véritable sport, très prisé dans le sud qui est une des plus grandes régions d'élevage, pour notre plus grand régal!...
Enfin, jusque là, le jeu paraît démontrer une certaine maîtrise et habileté des ganaderos (= éleveurs), mais la suite est beaucoup plus primaire et bestiale... De chaque côté de la medialuna, le bord de l'arène comporte deux zones matelassées dans le bas, les quinchas. C'est là que les huasos peuvent marquer des points positifs. Voici les règles: lorsque les portes pivotantes s'ouvrent, si le taurillon passe dans la grande moitié du terrain bien encadré par les chevaux: 1 punto bueno! Ensuite, le tout est de garder la bête dans cette moitié de la medialuna pour ne pas enregistrer de punto malo. Les ganaderos parcourent donc un demi-cercle au bout duquel ils tentent chaque fois de marquer. Comment? et bien pendant que le cavalier le plus à l'extérieur de l'arène poursuit le taurillon pour continuer de le faire avancer, l'autre positionne son cheval perpendiculaire au sens de la course. Reconnaissons tout de même le mérite de ce brave cheval qui doit alors courir en crabe! Je vous laisse essayer, on rigolera ensuite... Donc, la formation des chevaux et du taurillon poursuit son chemin jusqu'à arriver devant une des quinchas, où le cheval-crabe doit réaliser une atajada. Ca veut tout simplement dire qu'il doit charger le taurillon! S'il le prend bien perpendiculairement: des puntos buenos. Combien? ça dépend de la partie du corps du taurillon que le cheval emboutit! Pauvre bête, certaines fois le taurillon se fait piétiner les pattes ou le bassin, et alors ni les torgnoles ni les picages de fesses ne réussissent à le relever. "Ils sont fous ces Chiliens!"



Enfin, la manche se termine après 2 ou 3 demi-cercles. Si le duo de huasos totalise des punto en négatif, il est disqualifié et peut remballer son chapeau, si le total est positif, il reste dans la course au trophée, remis par la reine du rodeo en personne et avec une cueca en prime!... Et c'est au duo suivant, et ainsi de suite les taurillons se font encastrer dans les barrières. Triste spectacle, rébarbatif à la longue, mais qui ne s'achève que jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un couple de huasos : les ganadores (= gagnants) des ganaderos.